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    LES BIOTECHNOLOGIES

     
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    Le 20-04-2016 / 14.46            





    A PROPOS DES NOUVELLES BIOTECHNOLOGIES

     

    À propos des nouvelles biotechnologies                                         mercredi 20 avril

     

    Depuis quelques années, les Faucheurs volontaires ont été amenés à découvrir et étudier les nouvelles biotechnologies appelées NBT (= new breeding technologies). Elles consistent à modifier le vivant : végétal, animal (humain, bien sûr), microorganique. L'utilisation de ces technologies de manipulation du vivant dans le domaine agricole interroge les Faucheurs volontaires. (1)

    Ces nouvelles biotechnologies ont rapidement émergé avec les progrès fulgurants de l'informatique  qui ont permis aux techniques de séquençage, de génotypage (repérage des gènes), de phénotypage ( repérage des caractères d'intérêt des plantes) et de génétique d’association (2) de gagner en puissance et en rapidité avec un coût abordable.

    Grâce aussi au progrès des cultures in vitro : les chercheurs travaillent au niveau des cellules et non pas de la plante entière, ce qui procure un gain de temps appréciable dans les laboratoires.

     

    La propagande des biotechnologies vertes défendues par l'agro-industrie et nombre de nos institutions publiques repose sur:

    • la réponse au changement climatique : il faut modifier les plantes pour qu'elles poussent avec moins d'eau, à des températures plus élevées,avec des apports minéraux modifiés (alors qu'il suffirait de restituer des sols humifères),

    • l'augmentation des rendements (soi-disant pour nourrir la planète, en réalité pour augmenter les revenus de l'agro-industrie),

    • la transition énergétique : faire produire des agrocarburants ou autres molécules,

    • modifier les compositions des grains (de blé par ex) ou des plantes pour répondre au secteur agro-alimentaire,

    • l'innovation, la compétitivité internationale, l'emploi...( alors que la mécanisation informatique s'étend).

     

    Au laboratoire, ces nouvelles biotechnologies devraient dans l'esprit de ceux qui les défendent permettre de:

    • mieux cibler la modification que l'on veut effectuer sur l'ADN, que ce soit un gène complet introduit ou un petit nombre de nucléotides et donc de dire que ces techniques sont plus sûres,

    • de modifier l'ADN d'un gène sur toute ou partie de sa séquence, c'est à dire réécrire un gène : ce que l'on appelle gene editing

    • d'  « éteindre » des gènes (recherche dite fondamentale)

     

     

    De nos jours, sont appelés OGM, les seuls organismes issus de la transgenèse, c'est à dire de l'insertion dans leur génome d'un gène étranger à l'espèce (en fait, une construction génétique).

    Les organismes issus de la mutagenèse provoquée reconnus OGM par la législation européenne ne sont pas appelés OGM car exclus du champ d'application de la loi (directive 2001/18). Des plantes rendues tolérantes aux herbicides par cette technique (VrTH) donc OGM sont ainsi cultivées en France : colza, tournesol, maïs et se présentent comme des plantes issues de sélection classique (pas OGM) donc échappent aux contraintes appliquées aux OGM.

    La législation en cours concernant les plantes génétiquement modifiées date du début des années 2000. Elle ne parait plus adaptée à la diffusion des nouvelles biotechnologies réclamée par les industriels . La question qui se pose maintenant est de savoir si ces techniques nouvelles seront définies ou classées comme OGM ou non.

    Ainsi depuis 2008 la Commission Européenne a mandaté un groupe d'experts afin de donner un cadre juridique à ces nouvelles biotechnologies.

    Ces techniques étaient les suivantes : nucléases spécifiques (SDN en anglais : à l'époque c'était les nucléases à doigt de zinc, mais depuis se sont rajoutés les TALENs et surtout le CRISPR Cas 9), la mutagenèse dirigée par oligonucléotides, la cisgenèse et l'intragenèse, la méthylation de l'ADN dépendante d'ARN, la greffe avec greffon ou porte-greffe GM, les méthodes de ségrégants négatifs, l'agro-infiltration, la biologie de synthèse.(3)

    Vu les controverses scientifiques sur le sujet, ce groupe d'experts s'est retrouvé dans l'impossibilité de conclure sur le statut OGM ou non des produits de ces techniques et les gouvernements européens n'ont pu se mettre d'accord.

    Ainsi, c'est en mars 2016 que la Commission Européenne devait donner cet avis juridique et seulement pour 7 de ces techniques, la commission jugeant la biologie de synthèse pas assez documentée à ce jour . À la date d'aujourd'hui, les résultats n'ont toujours pas été donnés.

    La Commission espère que son travail pourra servir aussi pour les autres techniques qui pourraient émerger plus tard !

     

    En l’absence de débat national ou européen sur ces nouvelles biotechnologies qui est pour le moins indispensable au regard de l’importance de la problématique OGM  - modification et appropriation du vivant - les Faucheurs Volontaires continuent et continueront à alerter la société.

    Il est facile en effet de comprendre que si les techniques et les produits sont définis comme non OGM ou sont exclus de l’application de la directive, ils ne seront ni testés, ni étiquetés et donc non traçables mais ils seront toujours brevetés.

     

    Nous connaissons les revendications et arguments qui poussent les industriels et certaines institutions publiques à demander une déréglementation des produits issus de ces techniques, c'est à dire à les faire passer comme non OGM. Ils prétendent que :

    • le plus souvent, il n'y a pas de trace des manipulations dans les produits issus des NBT, ceux-ci seraient donc similaires à ceux obtenus par croisements sexués (nature ou sélection classique) ou par mutagenèse,

    • le ciblage de la modification étant meilleur, celle-ci est plus sûre.

    • l' ADN introduit n'est pas recombinant ou ne s'insère pas dans le génome.

    Aucune de ces affirmations n'est scientifiquement prouvée.

     

    Ainsi, beaucoup de ces techniques risquent d'être exclues du champ d'application de la loi sur les OGM au motif qu'elles sont similaires à la mutagenèse classique aléatoire (qui en est exclue) et que celle-ci existe depuis une cinquantaine d'années et n'a pas révélé de risques.

     

    Nous, Faucheurs Volontaires, considérons après analyse que les nouvelles biotechnologies qui doivent recevoir un avis juridique sont des manipulations génétiques qui ne s'effectuent pas ainsi dans la nature par reproduction ou recombinaison (définition des OGM à l'article 2 de la directive européenne 2001/18). Pour nous, toutes les plantes issues de ces techniques sont génétiquement modifiées: il s'agit d'une artificialisation du vivant.

     

    Voici les raisons qui nous font redouter ces nouvelles biotechnologies:

           - Certains produits issus des NBT seraient sans traces de la modification. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu. Encore faut-il la chercher au bon endroit et pas uniquement à l’endroit de la modification mais aussi au sein de tout l’ADN, dans la cellule , dans l’organisme et utiliser les bonnes méthodes d’évaluation: celles qui analysent et replacent l’ OGM dans un système complexe. Ce travail a-t-il été rigoureusement mené ?

    - L’argument de similarité soutenu par les firmes pour comparer les produits issus des NBT avec ceux issus du milieu naturel n’est scientifiquement pas recevable. Similarité ne veut pas dire identité : affirmer que des plantes manipulées sont équivalentes à celles présentes dans la nature ou à celles cultivées classiquement est un mensonge et un piège. Ce qui se produit dans la nature ne peut être comparé à ce qui est réalisé en laboratoire pour a minima trois raisons : le temps n'est pas le même  -3,5 milliards d'années d'évolution sur Terre, quelques générations cellulaires en laboratoire -, un sol réduit à un milieu de culture et des interactions très limitées en laboratoire. La notion de similarité ne résiste pas à une remise en contexte. Quelle similarité entre des plantes brevetées issues des biotechnologies mises en culture de façon rapide et massive dans les champs et des plantes nées d'innovations génétiques spontanées non brevetées  soumises à la lenteur et à la sélection naturelle ? Ont-elles le même impact sur l’équilibre de nos écosytèmes ?

    - Les effets hors cible c'est à dire qui ne concernent pas le gène modifié mais d'autres gènes ou molécules ou cellules sont reconnus pour certaines techniques par la communauté scientifique elle-même : le ciblage ne garantit pas que ces méthodes soient sûres.

    - Concernant la mutagenèse dirigée par oligonucléotides la notion d’ADN recombinant est un point extrêmement controversé: le débat porte sur le nombre de nucléotides introduits et sur le fait que ces nucléotides soient ajoutés in vitro un par un. Des généticiens affirment pourtant que l'ADN exogène devient recombinant une fois inséré donc que cela donne desOGM.                                                                                                                                               

            - Les Faucheurs Volontaires contestent l'argument  selon lequel la mutagenèse provoquée utilisée depuis 50 ans serait sans risques . En effet: 1: les variétés mutées (non VrTH) utilisées depuis 50 ans sont des OGM qui n'ont jamais été évalués, et de plus leur caractère muté a été caché aux paysans notamment à ceux qui travaillent en agriculture biologique, 2:  les mutations portaient sur des organismes et non des cellules isolées comme depuis les années 70, ce qui est moins lourd de conséquences, 3: il est démontré aujourd'hui que les variétés mutées ont plus d'effets non intentionnels que les variétés obtenues par transgenèse(4) , donc elles sont encore moins sûres.

     

           Pour certaines de ces nouvelles biotechnologies, aucune trace ne serait perceptible dans le génome des plantes qui en seront issues. Pour les citoyens, il n'y aura aucun moyen de savoir qu'une plante a été trafiquée. Par contre les obtenteurs pourraient mettre des marqueurs de traçabilité ( ajout d'une petite séquence particulière) et l' industrie pourrait ainsi breveter le caractère obtenu et non pas la technique. Et là il y a un grand risque : celui de retrouver des brevets sur des caractères de plantes existant à l'état naturel : le brevet dit sur des gènes natifs, en réalité sur des caractères.  D'autre part, la simple découverte d'un caractère ou trait pourra être prise pour une invention et brevetée ! (cas déjà existant d'une laitue résistante au puceron).                                                                                                                                                                                                                   

    Comme tous les brevets sur le vivant, les brevets sur les « traits natifs » appliqués aux plantes et aux animaux doivent être rigoureusement interdits. En effet, ils rendraient alors toute agriculture paysanne impossible, ils légaliseraient l'appropriation de tout le vivant c'est à dire du bien commun (les semences notamment) par les multinationales et ils rentabiliseraient la nature.

                 - Les risques sanitaires et les risques environnementaux des produits issus des NBT n'ont pas été évalués. Ces nouvelles biotechnologies ouvrent la porte à de grands dangers potentiels : en effet, les outils utilisés pour construire ces organismes génétiquement modifiés sont de plus en plus efficaces, faciles d'accès et de moins en moins onéreux. Des OGM qui ne s'appellent pas ainsi risquent d'envahir notre environnement de façon incontrôlée : tout le monde vivant serait concerné : des microorganismes à l’humain en passant par les plantes et les animaux (5) .Le seul argument de gain de temps et de rentabilité pour tenter de nous imposer ces nouvelles biotechnologies ne peut être recevable au vu de ces risques. L'application du principe de précaution nous paraît plus que jamais indispensable.

    Les administrations et les politiques qui s’engageraient dans cette voie le feraient en toute connaissance de cause et seraient tenus responsables devant les citoyens

     

             - Ces biotechnologies visent toutes dans le domaine agricole à produire des plantes « améliorées » : que nous nommerons plutôt plantes manipulées puisque c’est la réalité : elles répondent aux seuls besoins de l'agriculture industrielle et n’amélioreront que le portefeuille des industriels de la semence mais certainement pas ceux des agriculteurs.

    C'est tout un modèle de développement que nous refusons.

     

    POUR TOUTES CES RAISONS LES FAUCHEURS VOLONTAIRES DEMANDENT LE CLASSEMENT COMME OGM DE TOUTES CES TECHNIQUES (NOUVELLES OU PAS) DE MANIPULATION DU VIVANT.

     

    En plus de dérégler le climat, d’épuiser la planète et de détruire le vivant nous sommes soumis à nos propres productions (pollutions) technologiques.

    L’explosion de leur puissance, l’accélération de leur développement, leur côté inévitable sans arrêt avancé, la sous information et les pseudo-débats les concernant privent totalement les citoyens du pouvoir de réflexion, d’évaluation et d’orientation nécessaire au libre choix d’un modèle de vie cohérent.

    Nous ne voulons pas d'un monde où des chercheurs dominés par un système économique prédateur nous entraînent dans une spirale technologique toujours plus destructive de la vie.

    Des alternatives  beaucoup moins dangereuses, beaucoup moins onéreuses et au service des paysans et de nous tous existent. C'est ce que nous défendons.

     

     

                                                                                                                                                                                 Annick FV 42

     

     

     

     

          (1) Les Faucheurs volontaires ont écrit un texte sur ces nouvelles techniques avec des informations scientifiques et le tiennent à disposition

    (2) Elle permet d’«associer» statistiquement les variations des caractères aux variations de l’ADN en utilisant les 2 techniques précédentes

    (3 )Des techniques nouvelles performantes ( ex : la sélection génomique au stade embryonnaire) ne sont pas concernées car ne soulevant pas deproblèmes liés aux OGM et certaines techniques ne sont pas nouvelles mais sont liées maintenant à l'utilisation de techniques OGM (ex : la greffe)

            (4)  R.Batista et al. 2008, "Microarray analyses reveal that plant mutagenesis may induce more transcriptomic changes than transgene insertion", Proc. Natl.Acad. Sci. USA 105:3640-3645

          (5) : http://www.dni.gov/files/documents/SASC_Unclassified_2016_ATA_SFR_FINAL.pdf

     

     

     

     

     

     

     

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