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NOS ALLIES - LES SOUTIENS

 

Le 05-10-2017 / 20.20       VERSION IMPRIMABLE DE CET ARTICLE



MONSANTO PAPERS : LES DESSOUS DU RETRAIT DE L'ÉTUDE SÉRALINI RÉVÉLÉS

En 2012, l’étude du Professeur Gilles-Éric Séralini et de son équipe sur les dangers sanitaires sur le long terme d’un OGM et de l’herbicide auquel il a été rendu tolérant, le Roundup, avait fait grand bruit. Initialement publié dans la revue Food and Chemical Toxicology, l’article était finalement étrangement retiré un an plus tard, officiellement parce que les résultats étaient soudainement jugés peu concluants. Sauf que des documents dévoilés récemment démontrent que Monsanto, pour préserver ses intérêts, recourait en sous-marin à des grandes manœuvres pour faire taire ses contradicteurs et que cela n’avait bien sûr rien à voir avec la science… Heureusement, la revue Environmental Sciences Europe a republié l’intégralité de l’étude en 2014.

Souvenez-vous, c’était il y a très exactement 5 ans. Le 19 septembre 2012, le Professeur Gilles-Eric Seralini et ses collaborateurs publiaient une étude tout bonnement incroyable : après plusieurs années de recherche et d’analyses dans le plus grand secret, ils montraient dans la revue Food and Chemical Toxicology (FCT) les dangers que présente une consommation de maïs OGM et/ou de Roundup (à partir de la concentration admise dans l’eau du robinet) à l’échelle d’une vie entière chez le rat (2 ans). Une double révolution en matière d’étude toxicologique.

D’une part, jamais une évaluation de la toxicité des céréales transgéniques n’avait été menée au-delà de 90 jours, ce délai de trois mois étant jugé suffisant pour repérer la totalité des pathologies éventuellement associées à l’alimentation. D’autre part, jamais le Roundup, pas plus que n’importe quel autre pesticide, n’avait été évalué dans sa formulation commerciale, seul le principe actif déclaré — le glyphosate pour le Roundup — faisant l’objet d’une évaluation à deux ans. Les résultats obtenus ont mis en exergue l’insuffisance des évaluations réglementaires.

Pour résumer leurs découvertes : les rongeurs nourris toute leur vie au maïs OGM NK603 et/ou buvant du Roundup, même à des doses modérées (et notamment à 0,1 µg/L soit la norme européenne), développent davantage de tumeurs mammaires pour les femelles et de pathologies hépato-rénales graves surtout pour les mâles que leurs congénères habitués à manger du maïs non génétiquement modifié. De ce fait, les rats traités mourraient également plus tôt. De manière étonnante, les premiers troubles n’apparaissent que peu de temps après les 90 premiers jours de vie, prouvant ainsi que les durées prônées dans les études réglementaires et menées par Monsanto demeurent insuffisantes pour des conclusions fermes et définitives. De quoi tout remettre à plat.

Étude Séralini : un retrait qui posait question

Ce pavé dans la mare plonge le monde scientifique en pleine effervescence et très vite, deux courants s’opposent. Des contradicteurs se font rapidement entendre et critiquent avec virulence la méthodologie et l’interprétation des résultats. Ils se manifestent en envoyant un nombre important de lettres au journal, certaines accusant même les auteurs de fraude1. Rappelons que pour obtenir le droit d’être publiée, cette étude a été placée entre les mains d’experts choisis par la revue et qu’il a fallu leur aval pour parution avec plus de 4 mois d’études et de questions ; difficile donc d’imaginer une étude aussi mal ficelée que les reproches le laissent entendre. En parallèle, de nombreux chercheurs manifestent leur soutien à Gilles-Eric Séralini et défendent une recherche indépendante. FCT demande alors aux chercheurs caennais de répondre aux différentes critiques sous forme d’un article argumenté, lui-même revu par les pairs, et publié par la revue scientifique en question en novembre.

L’affaire aurait pu s’arrêter là, après un débat où les deux parties ont pu exprimer leurs positions. Mais non : fin novembre 2013, Elsevier, la maison d’édition à laquelle appartient la revue FCT, annonce via un communiqué qu’après réanalyse, l’étude sur les effets des OGM et du Roundup à long terme est finalement retirée du journal. La justification invoquée pour exiger ce retour en arrière : « les résultats présentés ne sont pas concluants ».  Une décision surprenante qui interpelle les auteurs. Déjà, à cette époque, l’équipe Séralini imagine que Monsanto tire les ficelles en coulisses puisque cette décision de retrait fait suite à la nomination de Richard E. Goodman, ancien employé de la multinationale, comme éditeur adjoint au sein du bureau éditorial de la revue FCT.

Wallace Hayes, double jeu

Aujourd’hui, après les nouvelles révélations des Monsanto Papers2, on peut affirmer que l’intuition des scientifiques du CRIIGEN n’était pas totalement juste : la réalité était bien pire encore. Si Richard Goodman n’apparaît pas directement, le spectre de Monsanto plane en réalité sur la tête de A. Wallace Hayes, rédacteur en chef au moment de la publication et de la rétraction. L’une (et peut-être la principale) révélation de cette seconde vague de documents est que le responsable du journal a été approché par la multinationale de Saint-Louis le 21 août 2012 (soit un mois avant parution) pour devenir consultant, fonction qu’il occupera à partir du 7 septembre suivant. Avec un salaire pour le moins attractif : 400 $ de l’heure, dans la limite de 3 200 $ par jour. De quoi dissuader de contrarier la firme...

D’ailleurs, David Saltmiras, scientifique de Monsanto, évoque dans un courriel adressé à des collègues daté du 20 septembre qu’il a reçu cette matinée-là un e-mail de politesse de Hayes, et déclare espérer rencontrer le rédacteur en chef pour comprendre comment cet article scientifique a pu passer la relecture par les pairs. Ce même Saltmiras se vantera également d’avoir réussi, depuis cet épisode, à renforcer son rapport avec Hayes et d’avoir été l’unique lien entre le journal et le géant de l’agrochimie.

Monsanto, témoin d’immoralité

Néanmoins, le lobbying de Monsanto ne se résume pas à cela : la multinationale s’est aventurée dans le jeu du tiers expert. Cette technique, largement utilisée dans l’industrie du tabac, consiste à demander à des chercheurs supposés indépendants d’adresser des courriers aux éditeurs pour décrédibiliser une étude considérée gênante. Or, Eric Sachs, employé de Monsanto, se targue dans un courriel d’avoir incité bon nombre de scientifiques à écrire à Hayes. « J’ai parlé à Bruce Chassy et il enverra sa lettre à Wally Hayes directement et notifiera aux autres scientifiques qui ont envoyé des lettres de faire de même. Il comprend l’urgence. » Au cours de ce même échange, Sachs avait également précisé qu’ « il est primordial que Monsanto ne doive pas se trouver dans la situation dans laquelle il fournit les analyses critiques qui poussent l’éditeur à rétracter le document », conscient de l’importance de la discrétion de la manœuvre.

Quant à Bruce Chassy, parfait dans le rôle du tiers expert, il répond rapidement à la requête de Sachs et adresse un courrier électronique à Hayes, comme convenu : « Mon intention est de vous presser à retarder l’horloge, à rétracter le papier et à recommencer le processus de révision. » Ni dans cet échange, ni dans la pétition demandant la rétraction de l’étude pour laquelle il est le premier signataire, ni dans l’article qu’il a écrit dans Forbes où il accuse l’équipe Séralini de fraude1, Bruce Chassy n’a évoqué qu’il était lié à Monsanto. A titre indicatif, en 2016, il a touché 57 000 $ de la multinationale pour avoir écrit et fait des conférences sur les OGM à travers le monde.

Enfin, parmi les documents récemment rendus publics, on peut également relever cet e-mail dans lequel Daniel Goldstein, autre employé de Monsanto, plaide également pour faire retirer l’étude, précisant notamment que « cette publication élèvera le statut du papier, remettra d’autres papiers du journal en question, et permettra à Séralini plus de liberté pour opérer. » Cela a le mérite de la clarté...

La science a besoin d’indépendance

Ces méthodes ressemblent fortement à celles qui avaient déjà été révélées en mars dernier, même si cette première vague de révélation des Monsanto Papers mettait surtout en évidence comment le géant de l’agrochimie opérait en payant des tierces personnes secrètement pour qu’elles convainquent par une étude présentée comme indépendante les instances sanitaires de l’innocuité du glyphosate. On y apprenait même qu’une employée soupçonnait déjà la cancérogénicité du principe actif déclaré…

Heureusement, d’autres journaux scientifiques savent se montrer indépendants des multinationales. Ainsi, les travaux de l’équipe Séralini, après avoir été tant décriés pour les intérêts financiers qu’on connaît, ont retrouvé une place dans la littérature scientifique : la revue Environmental Science Europe a republié cette étude pionnière, avec toutes les données brutes en accès libre en 2014.

Ainsi, à la lumière de ces révélations, tous les scientifiques – universitaires, membres des agences d’évaluation, académiciens — qui se sont empressés de crier avec les loups pour dénigrer l’étude Séralini parfois sans même l’avoir lue, vont peut-être pouvoir la relire –  ou la lire – et l’analyser en toute objectivité...

1 Face à ces accusations mensongères, le Professeur Gilles-Éric Séralini a porté plainte pour diffamation, notamment contre la magazine Marianne et le journaliste Jean-Claude Jaillette. Le tribunal de grande instance de Paris a donné raison au scientifique. Lire par exemple ici.

2 Aux États-Unis, un litige judiciaire oppose des agriculteurs touchés par un lymphome non-hodgkinien (une forme de cancer du sang) à Monsanto, car ces premiers accusent les pesticides à base de glyphosate d’être à l’origine de leur pathologie. Dans ce cadre, 75 documents internes à la multinationale ont été déclassifiés fin juillet et révèlent la politique manipulatoire de la firme de Saint-Louis. Une première vague de déclassification avait eu lieu en mars dernier. Ces révélations ont été nommées Monsanto Papers. A l’intérieur, 18 dossiers concernent l’affaire Séralini.

A lire également : Conflicts of interests, confidentiality and censorship in health risk assessment: the example of an herbicide and a GMO, par Séralini et al. Dans Environmental Sciences Europe

 

 


Apports complémentaires

Glyphosate impact sur la santé

 

A propos de l’impact des produits agrochimiques sur la santé, nous rappelons au lecteur que le glyphosate est le produit chimique le plus largement utilisé de toute l’histoire humaine.

Un mythe courant affirme l’innocuité du glyphosate, mais des scientifiques et des citoyens soucieux déclarent depuis des années que des études indépendantes et l’expérience dans les champs montrent qu’il est dangereux.

Leur inquiétude  se confirma en 2015 quand l’Agence Internationale pour la Recherche sur le Cancer ( IARC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) détermina que le glyphosate, le principe actif présent dans l’herbicide de Monsanto, le Round UP, était probablement cancérigène pour les humains.

Monsanto introduisit son herbicide sur le marché en 1974. La quantité totale de glyphosate utilisée depuis atteint 8,6 millions de tonnes, dont 19%, soit 1,6 millions de tonnes rien qu’aux USA.

Au fil des années, de nombreuses études indépendantes, qui n’ont eu que très peu, ou aucun, retentissement médiatique, se sont intéressées aux risques associés à un usage prolongé d’herbicide à base de glyphosate.

Le glyphosate est associé à un large éventail de maladies, dont, pour ne citer qu’elles,  le cancer, des altérations génétiques, des dommages au foie et aux reins.

 

Les pathologies émergentes montrent une relation avec différents types de cancer, en particulier les lymphomes non hodgkiniens

Il est également considéré comme un perturbateur endocrinien ayant des effets sur le système reproducteur, la gestation et l’enfant à naître.

L’exposition à des produits à base de glyphosate a été associée avec des troubles de la croissance, des avortements spontanés, des anomalies des spermatozoïdes et une diminution de leur nombre.

Une étude de Paul Winchester a montré que les femmes qui avaient de hauts niveaux de glyphosate dans les urines, avaient des grossesses plus courtes, et des enfants plus légers, ce qui pourrait provoquer une baisse des capacités cognitives pendant le développement et entraîner un risque plus élevé de syndromes métaboliques.

A noter, on a trouvé du glyphosate dans les urines de 93% des patients soumis à investigation toxicologique pendant le projet, lancé en 2015 par l’université de San Francisco-Californie

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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